One Pot Basta

« One Pot Pasta » ou One Pot Basta ? Quand une fantaisie culinaire mensongère devient un succès.

Comme je vous l’ai dit, je suis interprète et j’assiste des chefs, en cuisine, en traduisant en direct leurs démonstrations. Je suis debout, à leurs côtés et j’explique, en simultané, leurs techniques et recettes à d’autres chefs venus du monde entier pour se former à la gastronomie de notre pays. Je les entends parler entre eux produits, nouvelles techniques et futures créations.

Parfois, ils échangent sur une autre cuisine… celle « de la ménagère« . Ils affichent alors un petit rictus taquin, un sourire légèrement goguenard et étouffent souvent quelques fous rires moqueurs. « Aaaah la ménagère », celle qui fait des plats pour « nourrir » et pas pour éblouir.

J’éprouve alors toujours un petit pincement au coeur. La cuisine de « la ménagère » (pourquoi au féminin d’ailleurs?) doit-elle toujours être tenue si loin de l’univers des professionnels ? Y-a-t’il un fossé si profond entre nos fourneaux et les pianos de ces stars étoilées ?

J’aime à croire qu’on peut adopter dans nos pratiques quotidiennes des trucs de chefs et adapter des recettes compliquées à nos pratiques familiales.

Cependant, quand je vois cette recette mode du One Pot Pasta persister dans les blogs, sites culinaires et que des livres y sont désormais  consacrés ; je regrette devoir admettre qu’il y a bien deux mondes distincts. Et, je présume qu’à la lecture des recettes de One Pot Pasta, mes amis les chefs doivent franchement se marrer.

One pot pasta

 

Le principe : « One pot » = une casserole + « Pasta » = des pâtes. Prenez des pâtes, plongez-les dans une casserole d’eau froide (!!!) avec tous les aromates. Mettez à cuire et ABRACADABRA… le repas est prêt

Sur le papier l’idée est séduisante. Inventée pour séduire les citadins stressés en quête de recette no stress. On fourre tout dans la casserole. On allume la gazinière. On laisse mijoter tout ça. Pas la peine de trop surveiller puisque ça baigne dans l’eau. Hop, par la magie de la nature et du « Y’a que des bonnes choses dedans », vous servez sur la table un plat « complet et équilibré », « un cocktail de vitamines en un claquement de doigts », ou mieux encore « des pâtes diet » (oui je l’ai lu, de mes yeux lu).

Vous l’aurez compris, je ne suis pas fana du One Pot Pasta. Je trouve même cette technique aberrante.

En effet, le départ eau froide pour cuire des pâtes n’a aucun sens. Pire même, elles sont de fait lavées de leur amidon avant cuisson. Les pâtes ne sont pas saisies puisque pas plongées dans une eau bouillante salée. Du coup, elles cuisent trop. Or, une pâte trop cuite a un indice glycémique plus élevé que la même pâte cuite al dente et elle est moins digeste.

En outre, la deuxième ineptie de cette pratique est de fourrer en même temps, dans l’eau, des aliments qui n’ont ni la même texture, ni le même temps de cuisson. J’ai vu passer des photographies (toujours très jolies) où des dés de jambon blanc flottent aux côtés de carottes, de boulettes de viande et même de saucisses viennoises… No comment.

Que vous ayez essayé et même trouvé ça bon, pourquoi pas…

J’ai bien un cousin qui aime tartiner, au petit-déjeuner des restes de chili con carne froid sur des croissants. Comme quoi : « des goûts et des couleurs !

Mais, de grâce ne me rétorquez pas que c’est une recette ancestrale venue du fin fond de l’Italie du Sud, ni que les asiatiques font eux-aussi bouillir des pâtes.

De l’Italie, ce plat n’a usurpé que le mot pasta, puisque c’est une création venue des Etats-Unis.

Quant aux ramen, si c’est à ce genre de pâtes asiatiques auxquelles vous pensez, elles sont jetées dans un bouillon chaud !

Non, vraiment, ne perdez pas de temps à tenter de me convaincre des bienfaits de ce gloubi-boulga. Gardez plutôt votre eau froide (de plus en plus précieuse) pour démarrer un pot-au-feu ou une poule au pot.

Moi, cela m’a pris plus d’un an, alors que je vivais en Italie, pour accéder au « savoir cuire des pâtes à l’italienne ». Chaque fois que j’allais chez des amis, j’étais happée en cuisine. On me collait un tablier et j’étais prise en charge par la mamma ou la nonna (la grandmère), ou même les deux en stéréo dolby surround.

J’ai appris le nom des pâtes, leur usage selon les recettes. L’utilité de mettre à chauffer un grand volume d’eau. Combien et quand verser le sel dans l’eau bouillante. Et l’importance d’une cuisson al dente.

Alors quand le One Pot prétend sublimer la pasta… là, je dis BASTA (ça suffit)!

Gardons la magie pour le Père Noël, la parade féérique de Disney, Harry Potter et ses amis de Poudlard ou le bout du nez de Ma Socière Bien Aimée.

Enfin, laissons les élucubrations indigestes à nos hommes et femmes politiques, qui vont nous confier très prochainement leurs nouvelles recettes de la grande tambouille présidentielle. Dans une grande casserole d’eau saumâtre, jetez tous vos problèmes. Mettez à chauffer… Supercalifragilisticexpialidocious… Carabistouilles et embrouilles al dente pour vous leurrer !

One pot basta
Dis-donc l’oignon, on se gèlerait pas un peu dans cette eau ?

 

 

Crédit photo @Delphinn

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