Ça suffit avec les sushis !

La présence naturelle, évidente, et systématique des sushis parmi nos habitudes alimentaires me fascine autant que l’aisance avec laquelle certains consommateurs ont adopté des mots comme « Livanto », « Arpeggio » ou « Voluto », persuadés qu’ils sont – de facto – de véritables experts en caféologie !

Aussi, au risque de peiner nombre de sushi-addicts parmi vous, j’ose crier aujourd’hui : ‘Non, les japonais ne mangent pas tout le temps des sushis’ !

Alors, pourquoi là, comme ça, tout à trac ?

Sans doute poussée par le temps ronchon, éprouvée par la plongée brutale dans l’automne ou influencée par une mauvaise conjonction de planètes dans le ciel de mon horoscope… j’ai envie de vous avouer que j’en peux plus des sushis par-ci, sushis par-là…

Certes je vous livre cet aveu comme un cheveu sur le maki. Ou tout aussi bizarrement que cette fantaisie japonaise s’est imposée à nous comme étendard de la cuisine nippone.

C’est, assise à un dîner chez des amis, après avoir malencontreusement lâché un énième : « désolée, je n’aime pas les sushis », lorsque j’ai dû me justifier face à 10 têtes médusées qui me dévisageaient, qu’un post sur le sujet m’a traversé l’esprit…

« Mais Delphine, alors que mangeais-tu au Japon ? »

J’ai donc expliqué tenté d’expliquer que le repas traditionnel japonais ne compte (heureusement) pas que le sushi comme seule et unique nourriture. Et que, lorsque je résidais au Japon (j’y ai passé beaucoup de temps pendant 15 ans), je me régalais de toutes sortes d’autres mets, mais jamais de ces bouchées de poisson cru !

Pour ma part, je n’ai pas de mérite à ne pas aimer les sushis… je n’aime pas plus le ceviche. Je bloque tout simplement devant le poisson cru.

Ce qui m’irrite c’est de voir comment ce que l’on pourrait qualifier de « mode » dissimule l’étonnante complexité et richesse de la gastronomie japonaise.

 

Mais c’est quand même bien japonais les sushis ?

Certes, les sushis font partie du patrimoine japonais. Mais pour comprendre quelle place ils occupent, il convient de les considérer comme une sorte de distraction culinaire plutôt qu’un incontournable du bol alimentaire. Car, ils ne figurent pas dans le repas traditionnel séculaire « washoku », inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2013. Ces bouchées de poisson cru, telles que nous les connaissons, sont des mets modernes qui ne remontent pas plus loin que la fin du XIXème siècle (fin de l’ère Edo).

Sushi, est un terme qui s’employait auparavant pour nommer la méthode de conservation du poisson dans du riz saumuré. Ici, une illustration d’un plat de sushis par Hiroshige (source internet) :

Hiroshige_Bowl_of_Sushi

 

Lors de mon dernier voyage à Tokyo, mon ami Atsushi (oui c’est bien son prénom – pas un jeu de mots), m’expliquait d’ailleurs, qu’il n’en avait pas mangé depuis un ou deux ans et qu’il en consommait rarement. (*)

Le sushi est donc à la table japonaise ce que la raclette (sauf si vous êtes savoyard) ou la bouillabaisse (sauf si vous êtes marseillais) sont à la gastronomie française. Un plat parmi tant d’autres !

Alors, si on oubliait 2 minutes les sushis pour découvrir la gastronomie japonaise ?!

La cuisine japonaise regorge de plats variés et raffinés, dont beaucoup à base de viande de volaille, porc ou bœuf. Mais aussi de légumes et de bases fermentées.

La particularité des restaurants au Japon, c’est que chacun sert une seule spécialité. Pas de carte variée. Vous allez à tel ou tel endroit en fonction que vous souhaitez manger, par exemple, yakitori (brochettes de volaille) ou tempura (beignets de légumes), deux spécialités connues même en dehors de l’île du soleil levant.

Parmi les incontournables de la gastronomie japonaise, on cite aussi : le teppanyaki (viande -souvent de bœuf – et légumes grillés), le katsudon et le tonkatsu (bol de riz et porc pané frit), le shabu shabu (fondue de viande trempée dans un bouillon aromatisé), les nouilles soba (ramēn et udon), les takoyaki de la région d’Osaka (sorte de boules de crêpes au poulpe) ou encore l’okonomiyaki (sorte de galette comparable à une omelette), et j’en passe…

Bref, ‘y’a pas que les sushis dans la vie’ !

Je ne vous interdis évidemment pas d’aimer les makizushi, nigirizushi et autres temakizushi… mais je voudrais juste remettre le futon au milieu du tatami… et faire la lumière la cuisine japonaise dans son ensemble.

 

Aujourd’hui, plus aucune excuse pour ne pas goûter à la vraie cuisine japonaise, même en France !

En effet, les japonais sont très soucieux de rétablir la vérité quant à leur cuisine authentique. Ils n’ont pu que constater l’ampleur du phénomène « sushi » et voir le nombre croissants de restaurants dits « japonais » ouvrir dans le monde (près de 90.000 en 2015 !).

Aussi, afin de combattre la prolifération de trop nombreux restaurants faussement japonais, et défendre leur culture ancestrale, le Japon a créé un nouveau label : « TASTE OF JAPAN » (en anglais dans le texte « goût du Japon« ). Ce classement en 4 catégories a pour but de vous assurer de goûter, enfin, à la vraie cuisine japonaise.

Labels Taste of Japan

 

Ce label est en vigueur en France aujourd’hui et fonctionne ainsi :

  • Or > Label TASTE OF JAPAN OR : correspond à un établissement dont le chef a travaillé au moins 2 ans dans un restaurant japonais au Japon et a été formé par un chef japonais.
  • Argent > Label TASTE OF JAPAN ARGENT : désigne un restaurant dont le chef a travaillé au moins un an dans un restaurant japonais, au Japon, sous les ordres d’un chef japonais (ou dont le chef est diplômé d’une école de cuisine reconnue par l’état japonais).
  • Bronze > Label TASTE OF JAPAN BRONZE : remis aux restaurants dont le chef a suivi une formation certifiante dans une école de cuisine reconnue par l’état japonais.
  • Et enfin > Label JAPANESE FOOD SUPPORTER : pour les professionnels qui distribuent ou revendent d’authentiques produits japonais, fabriqués et produits au Japon.

 

Vous pouvez retrouver la liste des établissements (restaurants et épiceries) primés sur le site TASTE OF JAPAN qui est aussi en français.

sushi bashing

Voilà… je me sens mieux… j’ai craché ma Valda mon kompeitō (petit bonbon nippon) ! Ainsi, vous l’aurez bien compris : je ne vous parlerai plus jamais des sushis ! 😝😜😅

(*) PS : je profite de ce post pour adresser un bonjour chaleureux à Atsushi qui parle divinement bien le français, il se reconnaîtra 😉

 

Crédit photo @ Delphinn

Illustration et label : source internet

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