Le Cassoulasters de San Andreas

C’est confortablement lovée dans mon canapé, au coin du feu, en regardant San Andreas, un des dernier gros blockbuster américain avec pour pitch le ‘Big One‘, que j’ai eu l’idée de mijoter ce Cassoulasters de San Andreas

Le Big One, c’est ce tremblement de terre dévastateur qui devrait survenir sur la côte ouest des Etats-Unis, au niveau de la faille sismique de San Andreas. Seulement avec la magie d’Hollywood, le Big One, c’est du présent, et cela arrive, là, sous vos yeux, avec un réalisme déconcertant.

J’ai connu deux tremblements de terre dans ma vie…

Un bon 7,5 (sur l’échelle de Richter) à Tokyo, où je travaillais à l’époque. Mes comparses étaient médusant de self-control : « Jishin desu » (c’est un tremblement de terre), m’a dit calmement mon interlocuteur japonais en m’indiquant de me mettre sous le bureau et d’attendre. Aucun dégât ce jour-là, au Japon. Le deuxième c’était quelques années plus tard, à Rome, où je venais de m’installer. La nuit du 6 avril 2009, les secousses du tristement célèbre tremblement de l’Aquila m’ont éjectée de mon lit en pleine nuit. Là, c’est le combo, je découvre que la ville qu’on dit éternelle est elle aussi un joli morceau de gruyère sur une fournaise, mais aussi que le peuple avec lequel je partage ma vie désormais, est beaucoup moins zen qu’au Japon.  Hurlements, panique et désordre pour finalement se rappeler : « sotto il taaaavooolo » et se glisser sous la table en attendant que ça passe.

Ce matin, c’est totalement tétanisée par le spectacle catastrophe que j’ai mis le film sur pause. L’acteur jouant le scientifique venait de rappeler qu’en cas de séisme la meilleure chose à faire est de se mettre sous une table et d’attendre la fin… Sincèrement, quand vous vous retrouvez à croupetons sous un bureau japonais ou une maigrelette table en formica de la mamma des années 50, secoué comme des glaçons dans un shaker, vous vous exécutez mais vous doutez sérieusement de la finalité de la procédure d’urgence.

Devant la catastrophe imminente de San Andreas, j’étais alors prise par une question existentielle : qu’allait-t-on trouver – non pas sous mais > SUR la table d’ici quelques heures ?

Et, l’instinct de survie chevillé au corps, j’ai couru jusqu’à mon frigo (américain of course)… Vite :

 

Établir le listing des vivres présents dans les rayons :

  • Deux cuisses de canard : « check ! (*) »
  • 1 saucisse pur porc : « check ! »
  • 2 carottes : « check ! »
  • 1 oignon : « check ! »

Vérification dans l’armoire aux épices :

  • Ail rose de Lautrec : « check ! »
  • 1 bocal de 1 kg de haricots blanc : « check ! »
  • 1 boîte de pulpe de tomate italienne

Mayday, mayday (**)! Je crois que nous pouvons réaliser un plat blockbuster pour ce midi. Quelque chose qui tienne au corps en ce dimanche 3 avril grisou-tristou-glacé.

On l’appellera le « Cassoulasters de San Andreas ».

Un genre de cassoulet… Bien sûr, je pourrais dire « Comme un cassoulet », mais cette formule du « Comme un… » est tellement utilisée actuellement sur les menus et dans les livres de cuisine contemporaine, qu’elle a tendance à m’ennuyer. En plus, je ne veux pas me retrouver avec la ligue de protection de l’authentique cassoulet toulousain sur le dos un dimanche. Nous ne sommes que deux à midi, et sincèrement vous savez combien de temps ça prend de préparer un authentique cassoulet ?… D’abord, mettre les haricots blancs secs dans l’eau la veille. Puis, passer des heures à dégraisser, mijoter, mitonner les viandes et la couenne de porc dans le « cassolo », le plat en terre cuite dans lequel on cuit le cassoulet pendant plusieurs heures au four. Pour moi, il y a urgence, un film à terminer, le monde à sauver et la promesse d’un bon plat rassurant à midi.

Il se trouve que j’ai gardé un truc super drôle de ma vie à Rome. La fabrication de mots, prénoms et verbes à consonance américaine. Il vous suffit pour cela d’ajouter « aster » ou « asters » à la fin ou en remplacement de la dernière syllabe. Delphinn deviendra Delphinnasters (à prononcer [delphinnasteursss]) et cassoulet > cassoulasters. C’est vrai, ça fait un peu cour d’école mais essayez à un moment où vous vous embêtez et ça devrait vous faire sourire ou rire. Aujourd’hui cette américanisation verbale arrive à point nommé pour un dérivé de cassoulet servi sur fond de grosse production hollywoodienne.

Le Cassoulasters @Delphinn
Le Cassoulasters @Delphinn

RECETTE DU CASSOULASTERS DE SAN ANDREAS :

 

ÉTAPE 1 : CONSTRUIRE DES BASES SOLIDES POUR LE GOÛT

Dans une cocotte, faites revenir de l’huile d’olive, avec des gousses d’ail écrasées et du thym frais.

Ajoutez l’oignon émincé et les carottes coupées en petits dés. Faire suer le tout et ajouter les cuisses de canard côté peau pour qu’elles dorent.

Retourner les cuisses pour les marquer de l’autre côté quelques minutes, puis retournez-les côté peau en bas. Salez et poivrez.

Versez la boîte de pulpe de tomate italienne. Ajoutez la saucisse de porc et laissez mijoter à couvert à feu moyen.

 

ÉTAPE 2 : CONSOLIDER LE TOUT

Au bout d’une trentaine de minutes, versez la moitié des haricots blancs (préalablement lavés sous l’eau claire du robinet). Je ne mets pas la totalité tout de suite car les haricots sont déjà cuits et ils vont faire la purée. Je préfère donc utiliser la moitié pour lier la sauce, quitte à ce que les haricots s’écrasent un peu.

Remuez et rectifiez l’assaisonnement.

Laissez de nouveau mijoter.

 

ÉTAPE 3 : DERNIERES MINUTES AVANT DE FONDRE DE PLAISIR

Après avoir laissé mijoté pendant plus d’une heure, ajoutez la deuxième moitié des haricots et laissez-les cuire encore un petit quart d’heure pour qu’ils soient bien chauds mais pas fondus.

Si votre cuisine est proche de votre salon alors vous pourrez visionner la fin du film San Andreas. Je tairai le dénouement mais je vous assure que quand viendra le moment de vous servir et de goûter, vous croulerez de plaisir.

Il est à noter que cette version ne donnera pas la texture fondante d’un confit de canard, mais si vous respectez un temps de cuisson plutôt lent à feu moyen vous obtiendrez une version dérivée du cassoulet, naturelle et moins grasse. Et, aussi certaine que Dwayne Jonson triomphera toujours, je sais que vous réussirez cette recette comme des héros.

C’est quand même meilleur qu’un cassoulet comprimé dans une boîte en métal et fabriqué au quintal dans une usine non ???

(*) ‘Check’ est une expression américaine pour dire ‘coché’ dans le sens de ‘vérifié’, ‘validé’. Une check-list est une liste permettant de vérifier ou valider un certain nombre de points.

(**) ‘Mayday’ est une expression utilisée internationalement dans les communications radiotéléphoniques pour signaler qu’un avion ou qu’un bateau est en détresse.

 

Crédit photo @Delphinn

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